Marylou
va, Marylou vient, Marylou vit dans le débordement de sa ligne médiane ; pas à
l'ouest, à côté de la plaque centrale : dans les bordures.
Les lacets défaits
de ses chaussures le prouvent, le sujet est ailleurs.
Marylou prend plaisir,
Marylou profite, mais à cette heure-là Marylou bat de l'aile.
Marylou
machinalement fait un pas de travers car son point de côté la transperce de part
en part. Ebranlée elle s'appuie contre le paravent mais le paravent tangue et
Marylou de même. Marylou parle : dis-moi la vérité, et Marylou s'étiole devant
le mur épais et pourquoi s'étiole-t-elle ? parce que le mur se tait. Si Marylou
faiblit néanmoins ce n'est que par moments car au moins tient-elle ça de ses ancêtres
terriens, la résistance au manque inscrite dans ses gênes même si c'est au tréfonds
(même si c'est dans les coins).
Pour l'instant Marylou gît à quelques pas
de toi, pas tout à fait morte : assommée de n'être plus rien pour lui. Comment
c'est arrivé Marylou le devine : n'est pas assez sereine pour ne pas se noyer
dans un verre d'eau tendu. Car enfin oui c'est toujours comme ça et parfois ça
a du bon, surtout au tout début. Avec Marylou la vie n'est pas et ne sera jamais
plaine perdue au milieu de nulle part, platée de pâtes éparpillées sans épice,
sans herbes, à peine salée, sans saveur. Marylou n'apprécie pas l'image culinaire
mais elle pourrait en rire. D'ailleurs Marylou rit. A gorge déployée.
Marylou
craint la suite, le retour en arrière, le voyage temporel jusqu'à la rencontre,
les premiers temps, le monde n'existe que pour nous, je n'ai d'yeux que pour toi,
blablabla, non Marylou je te l'épargnerai. Marylou épargnée sourit, Marylou va
déjà mieux, d'ailleurs elle se console dans les bras du voisin de palier: dans
les bordures, l'herbe est plus verte.
Marylou nuit à l'image
que l'on a d'elle, elle s'échappe pour ne plus revenir. Marylou n'est déjà plus
la même qu'au début de la ligne, un point à l'horizon, pas droit devant non plus
à droite, voilà là : dans les bordures. Marylou triche parfois quand elle ne tressaille
pas, pour se donner consistance, contenance - cage thoracique bombée, cramoisi
aux lèvres, cavalières aux pieds (rayez les mentions inutiles). Marylou saigne
aussi quelquefois. Evidemment tu l'avais remarqué c'est souvent dans les bordures
que vivent les ronces. Marylou s'égratigne et consigne les raisons de toutes ses
cicatrices pour ne plus repasser exactement par là. Les pleurs de Marylou n'ont
jamais les mêmes causes même si bien sûr parfois les mêmes effets : quand Marylou
pleure, Marylou coule car la voie du milieu n'est pas pour Marylou. Et pas seulement
dans ce cas : Quand Marylou ne fait rien, Marylou végète ; à quoi sert de vivre
pour vivre tout à moitié sera son épitaphe voilà c'est décidé. Quand Marylou s'ennuie
ça ne peut être que ferme : l'ennui ne sera pas bardé de petits trous où se fouler
la cheville. L'ennui sera profond comme le puits sans fin contre les parois duquel
tout le corps se cogne et tout le corps se casse.
Tu l'auras compris la liste
s'allonge à l'infini des inconvénients qu'elle a à vivre dans les bordures.
Pourtant
Marylou persiste à éviter le centre.
Revenons-en au fait.
Marylou plie bagages.
Marylou paradigme du " ne vous retournez pas "
Marylou
assassine ce que d'autres sauveraient
Marylou plie bagage mais voyagera léger
Marylou voit loin : le passé est le passé.